Éteindre complètement l’éclairage public la nuit ? Oui, mais…

Date | vendredi 2 octobre 2020

Après plusieurs mois de confinement, un déconfinement avec ouverture des restaurants et bars à heures moins tardives, certains s’interrogent parfois sur la nécessité de maintenir un éclairage public la nuit. Intuitivement, on pourrait imaginer effectivement que l’extinction de l’éclairage public aurait de multiples avantages, par exemple en termes d’économies – à la fois d’énergie et de coûts, via l’arrêt de la consommation – ainsi que via la réduction des nuisances lumineuses pour la faune ou la flore. Qu’en est-il exactement ?

Pas d’activité nocturne ? Pas si sûr …

Il est faux de croire que depuis mars, plus aucune activité ne se déroule durant la nuit. Le personnel médical, les travailleurs de nuit comme par exemple les transporteurs routiers ainsi que les taxis, livreurs, etc. sont un maillon essentiel pour le maintien de notre confort au quotidien. Ces professionnels doivent pouvoir continuer de se déplacer en toute sécurité et il est nécessaire aussi d’assurer la sécurité des citoyens, notamment grâce à un fonctionnement des services de secours dans de bonnes conditions (pompiers, ambulances, police…).

L’extinction de l’éclairage public ne doit pas non plus être source de danger. Ainsi, par exemple les «sans-abris» ne doivent pas être plus vulnérables qu’ils ne le sont déjà. Que penser d’une obscurité totale dans les villes, les parcs, les petits quartiers... ? Faut-il ajouter au stress de la journée l’inquiétude et la peur de la nuit ?

Dégager de belles économies d’énergie ?

Avec l’été qui se termine, les nuits ont été de plus en plus courtes et la consommation électrique liée à l’éclairage diminue donc naturellement. Rappelons que certaines mesures ont été mises en place (ou sont en passe de l’être dans certaines communes) comme la réduction du niveau d’éclairement de 50% entre 22h00 et 6h00 du matin, du fait d’une fréquentation moindre des axes routiers et de la suppression des luminaires superflus lors de la modernisation du parc d’éclairage public

Pour pouvoir éteindre l’éclairage pendant une partie de la nuit, il faudrait obligatoirement modifier techniquement toutes les installations existantes (nouvelles programmations, nouveaux câblages, ….). Ces surcoûts d’adaptation – et de remise en état au déconfinement – sont très importants et ne peuvent être amortis sur une période de quelques semaines, voire de quelques mois. Au bilan, le gain sera plus psychologique qu’économique.

Il est également important de noter que les luminaires et leurs composants se dégradent aussi plus rapidement s’ils ne sont pas utilisés régulièrement. Et que cette non-utilisation conduirait à des surconsommations « à froid », générées par le cycle de préchauffage, pour certaines sources lumineuses encore présentes en quantités sur le réseau wallon.

Efficacité sur les nuisances lumineuses pour la faune

Quel serait l’impact sur la faune d’une coupure totale la nuit sur une très courte période ? Personne ne peut le dire avec exactitude. Le faible bénéfice éventuellement dégagé ne sera que peu profitable, face aux risques encourus par les activités humaines. Il est évident qu’une réflexion sur l’aménagement urbain par rapport à la protection des espèces fait sens. Actuellement, ORES, en collaboration avec la Division de la Nature et des Forêts du Service Public Wallon, travaille à la sensibilisation et à l’accompagnement des autorités communales, afin de proposer des solutions permettant d’éclairer « où il faut et comme il faut »,  par exemple en créant des trames sombres là où cela fait sens (notamment les parcs et jardins, les voiries rurales de liaison…)  pour protéger des espèces menacées ou sensibles.

Conclusion

Il n’est réaliste ni au plan économique, ni au plan technique, d’envisager une coupure totale de l’éclairage public communal. Cette initiative induirait plus d’inconvénients et de dépenses, que d’avantages et d’économies. Cette question se doit d’être envisagée dans un cadre plus global, sur le long terme et dans une perspective durable et non en période de crise.

Inspiré de la bibliographie AFE

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